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samedi, 22 juin 2024

Savannah Energy : Le Cameroun veut-il se jouer du Tchad ?

Depuis le 20 Avril dernier, les relations entre le Tchad et le Cameroun ont une forte odeur de pétrole, un pétrole frelaté peut-être, loin de respecter les usages de traitement et la complicité de voisinage qui devrait exister entre les deux pays. Décidément l’or noir divise pour ses devises et instaure un climat de méfiance et de trahison entre ces deux Nations aux relations souvent apaisées et vieilles de plusieurs décennies.

Au cœur de ces suspicions : Savannah Energy, une société britannique qui compte des alliés influents sur le continent. Pour n’être pas tombés d’accord avec le gouvernement tchadien sur la gestion des actifs acquis auprès d’ExxonMobil à hauteur de 407 millions d’euros, soit environ 267 milliards de Francs CFA représentant la totalité des actifs d’EssoExploration an Production Chad, ainsi qu’une participation dans le pipeline Tchad-Cameroun devant acheminer à terme le pétrole brut jusqu’au port de Kribi au Cameroun, la filiale de Savannah Energy annonçait le 20 Avril 2023, avoir cédé 10 % de ses actifs dans la Cameroon Oil Transportation Company (COTCO, exploitant la partie camerounaise du pipeline Tchad-Cameroun) pour un montant de 40,95 millions d’euros soit environ 27 milliards de Francs CFA. Bienvenue la colère de N’djamena !!!

Après avoir été débouté par la Chambre Internationale de Commerce de Paris auprès de laquelle il avait introduit un recours en annulation suite au deal passé entre ExxonMobil, sa filiale EssoExploration and Production Chad et SMIL, le 29 mars, le gouvernement adoptait une loi nationalisant les actifs pétroliers concernés. Savannah Energy montait donc à son tour au créneau en menaçant de poursuivre l’État tchadien en justice. D’autres procédures d’arbitrage sont, selon les avocats de N’Djamena, toujours en cours et le bras de fer se poursuit. Face à cette situation qui n’arrange pas à tort ou à raison le gouvernement tchadien, et comme-ci cela ne suffisait pas, le gouvernement de Mahamat Idriss Déby apprend ce 20 avril que son voisin et ami le Cameroun a conclu un accord avec son concurrent, comme pour dire peut-être qu’en affaires, il n’y a point d’amitié. Vos ennemis peuvent être nos amis. Une pillule que N’djamena n’a pas pu avaler et a immédiatement rappeler son ambassadeur en poste à Yaoundé pour ‘’ consultations ‘’.

Echange de parapheurs entre Savanna Energy et la SNH

 

Le 20 avril, SMIL rendait publique un nouveau deal, passé cette fois avec la Société nationale des hydrocarbures du Cameroun (SNH).
Cet accord, alors que le Tchad possède un droit de regard sur toute cession de la COTCO, a fait sortir une nouvelle fois N’Djamena de ses gonds. Le même jour, Mahamat Idriss Déby Itno rappelait son ambassadeur au Cameroun.

Une brouille aux origines lointaines ?

Comment cette affaire s’est-elle transformée en brouille diplomatique ? En avril 2022, le Tchad n’avait déjà guère apprécié de voir le président camerounais Paul Biya nommer Dieudonné Evou Mekou, son neveu, à la tête de la Banque de développement des États d’Afrique centrale (BDEAC). Selon N’Djamena, le poste aurait dû revenir à un Tchadien, en vertu du principe de rotation à la tête de l’institution. Une vision que conteste le Cameroun, et Mahamat Idriss Déby Itno avait finalement décidé d’accepter la nomination.


L’affaire du dernier deal autour de la COTCO semble donc une goutte de trop qui a fait déborder le vase et est venue envenimer de nouveau les rapports entre les deux pays. En rappelant son ambassadeur le 20 avril, au lendemain de la signature à Yaoundé de l’accord entre le patron de Savannah Energy, le Britannique Andrew Knott, et celui de la SNH, Adolphe Moudiki, le Tchad a accusé des personnalités camerounaises – sans les nommer – d’être impliquées dans les affaires de Savannah Energy et d’avoir favorisé en sous-main cette entreprise au détriment des intérêts tchadiens et en faveur de la SNH. Depuis, un nom revient avec insistance.

D’où vient Franck Biya, le fils de Paul Biya dans cette affaire ?

Seule certitude : celui-ci s’était rendu à N’Djamena, du 23 au 24 septembre 2022, une visite révélée à l’époque par le journal Jeune Afrique. Accompagné d’un de ses proches, Ghislain Samou Nguewo, le fils du président avait été reçu par Mahamat Idriss Déby Itno. Deux mois plus tard, fin novembre, c’était cette fois une délégation conduite par le secrétaire général adjoint de la présidence camerounaise, Paul Elung Che, qui se rendait dans la capitale tchadienne. En décembre, Savannah Energy concluait l’accord avec ExxonMobil.

Franck Biya

Une autre personnalité attire l’attention dans l’environnement de Savannah Energy. Secrétaire général de la COTCO, l’Ivoirien Stéphane Soumahoro est en effet le fils de l’ancien président ivoirien Robert Gueï. Ancien de Texaco Cameroun (groupe Chevron) et de Tradex (une filiale de la SNH), il est aussi depuis 2018 le directeur général de la société camerounaise Boissons Vins et Spiritueux (BVS), dont le président du conseil d’administration n’est autre que Ghislain Samou Nguewo, l’ami intime de Franck Biya.
Affaire à suivre !!!

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